Les peurs déchues

C’est d’abord la vision du chaos. Tout semble pêle-mêle. C’est un véritable bordel. Mais quel magnifique bordel artistique ! Dans cette spirale infernale, tout est délicatement orchestré.
Ailes déployées, tuniques vaporeuses de couleur blanche ou pastel, les anges sont sereins et déterminés. Ils frappent avec précision et terrassent leurs adversaires avec grâce. Á l’évidence, ils savent qu’ils gagneront ce combat. Certains d’entre eux sonnent déjà leur triomphe et le soleil dans toute sa splendeur annonce la fin des anges rebelles.
Le visage presque enfantin mais empreint d’une quiétude étonnante, l’archange Michel reste imperturbable face à ce tumulte. Son geste est à la fois sûr et élégant. Ce tourbillon de monstres hideux et hybrides, tombant dans les abîmes, n’a aucune prise sur sa détermination. Il ne doute pas, ni de lui ni de l’issue de cette bataille. Il est nimbé d’une conviction inébranlable. Il anéantit la bête sans crainte ni hésitation.
C’est ensuite un tableau qui sonne comme une bataille émotionnelle. Il en faut du courage et de la volonté pour affronter et en finir avec ses peurs et ses angoisses. Ces peurs et ces angoisses qui se nourrissent de tout. Rien ne leur échappe. Elles sont à l’affût de la moindre faiblesse, de la moindre anicroche. Parfois, elles nous oublient et une accalmie se dessine en filigrane. Et puis, elles nous rattrapent de plus belle. De façon insidieuse, elles commencent par pointer un petit rien avant d’envahir notre esprit, de nous oppresser. Alors, on se noie dans les méandres de l’irrationnel. Tout se bloque en nous. C’est implacable.
Oui, il en faut de la détermination pour combattre ses blocages, pour faire remonter à la surface des choses qui étaient cachées au fond de nous. Mais lorsque cette partie de nous décide de terrasser ses démons, une sensation enivrante de sérénité et d’apaisement nous inonde. Et tel l’archange Michel, nous avançons avec une détermination tenace et indéfectible.

La chute des anges rebelles
Pieter Brueghel l’Ancien (Vers 1525 – 1569)

Les peurs déchues | Carla Pinto